Zone d’Autonomie Littéraire 2015 : une cinquième édition en quête de lumière

Le 21 novembre prochain, la cinquième édition du festival Zone d’Autonomie Littéraire se tiendra salle Pétrarque à Montpellier. L’occasion pour C&P de faire le point avec Renaud Vischi, coordinateur de l’événement et animateur de l’excellente revue Squeeze, sur les objectifs de ce projet, où se rencontrent les mondes de l’oral et de l’écrit.

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12 novembre 2015 | Mârouf

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  • Avec Zone d’Autonomie Littéraire, on pense évidemment à Hakim Bey. La littérature, c’est un contre-pouvoir souterrain ?

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La référence à Hakim Bey est plus un clin d’œil qu’un parallèle philosophique sur le pouvoir de la littérature. Hakim Bey c’est un peu la tête de gondole des idéologies contestataires/pirates/alternatives d’aujourd’hui, c’est un marqueur, une sorte d’emblème pour les gens en dehors des rails, c’est un peu comme un code ou comme si la ZAL portait un patch, disons que ça donne une indication sur l’identité de l’événement. Personnellement j’aime bien son concept de Temporary Autonomy Zone mais je ne crois pas avoir réussi à dépasser la 4 ou 5ème page de son bouquin.

Renaud Vischi – ©Laurent Vilarem

Au delà de Hakim Bey, nous croyons que la littérature te confronte à d’autres univers, d’autres façons de penser le monde, elle augmente ainsi les possibles, elle donne des idées et donc, en plus de t’envoyer directement au paradis quand tu trouves chaussure à ton pied, elle te rend plus libre car elle crée plus de choix de vie, si toutefois tu y as accès bien sûr. Dans cette perspective, on peut envisager la ZAL comme une porte d’accès.

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  • La littérature et le spectacle vivant, ça se mélange comment, et dans quel but ?

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Le but est d’essayer un événement littéraire en évitant le côté plan-plan des foires aux livres avec les rangées d’auteurs en dédicaces ou les conférences soporifiques sur le néo-réalisme dans le roman est-allemand d’avant la chute du mur du Berlin, et tout l’entre-soi et la complaisance qui caractérisent généralement ce genre de manifestation et, qui, associés aux années de persécution scolaire, donnent à des gens comme moi le sentiment que la littérature n’est pas faite pour eux et ne leur appartient pas. Ce qui, bien sûr, est parfaitement ridicule car la littérature concerne tout le monde, exactement comme la musique ou comme le cinéma.

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L’idée est donc de présenter des textes sur scène, de tout style (poésie, slam, chanson, texte court) à travers des lectures, lectures augmentées, performances… qui vont directement toucher les gens, y compris ceux qui ne lisent jamais. Peuvent être mobilisés du spectacle vivant, de la musique, de la vidéo, de l’éclairage et toute technique utile à la mise en ambiance d’un texte. Dans ce domaine très large, chaque proposition scénique est une création. C’est un champ d’expérimentation qui n’en est, je crois, qu’à ses balbutiements alors il n’y a pas de recette vraiment établie. C’est aussi ça qui est excitant.

Yass & Zissis The Beast – ©Fred Trobrillant

  • Les points de rencontre entre le monde du livre et celui du micro sont finalement assez rares. N’y a-t-il pas une forme de méfiance réciproque, chacun craignant de déformer son image au contact de l’autre ?

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Je ne sais pas. Il faudrait faire un audit auprès des intéressés pour répondre à cette question. Les auteurs et les artistes du micro qui passent à la ZAL semblent plutôt très disponibles et friands de rencontres en tout genre. Et puis la ZAL ne se réfléchit pas en terme d’image. La ZAL c’est une scène, un bar, quelques stands, tout le monde pareil, tout le monde se parle et s’enrichit de découvertes. Il n’y a pas d’espace VIP, on tourne toute la communication de manière à faire tomber les barrières entre les gens. Le slogan de cette année, c’est : Le rassemblement littéraire où tout le monde tient la vedette. C’est l’échange et la création qui priment, le rapport direct texte-public qui est recherché.

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De fait, on formule une définition élargie et désacralisée de la littérature, alors évidemment, si tu arrives dans la posture de l’écrivain avec un grand E, comme une sorte de divinité dont on devrait boire chaque mot dans un silence admiratif tu ne t’y retrouveras pas. Même chose pour le slameur qui tartine sa street credibility en se vantant de n’avoir jamais ouvert un bouquin de sa vie. Bon, là c’est comique et la ZAL tend à ringardiser ce genre d’attitude.

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Mon impression reste quand même qu’il y a de plus en plus d’événements littéraires performatifs, de lectures augmentées, de points de rencontre entre le livre et le micro pour reprendre tes mots. De toutes façons nous ne nous posons pas de question, le rôle de la ZAL est de donner envie, de renforcer la dynamique des auteurs/artistes ouverts sur les échanges et la création et dans ce cadre on trouve que la scène est une interface pleine d’avenir donc on fonce. Ceux, côté livre ou micro, qui restent froids là-dessus trouveront d’autres événements plus en rapport avec la façon qu’ils ont d’incarner leur pratique.

Fred Trobrillant

édition 2014 – ©Fred Trobrillant

  • Cette année, quelles ont été les lignes directrices de votre programmation ?

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On a essayé de faire moins dark que l’année dernière. Mais comment faire ? On vit une époque anxiogène, déprimante, sans espoir où tout le monde râle et pleurniche en prenant des selfies. On n’a pas le moral. On dirait que la France est au fond du trou. Et c’est vrai, on ne voit rien bouger, si ce n’est une lente descente aux enfers avec la montée du fascisme et ces méga-octets d’horreurs mondiales qui défilent en permanence sur nos écrans.

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Du coup, on ramasse une partie de cette noirceur à la ZAL, car forcément les auteurs en font écho. Et puis il y a ce travers de l’auteur qui monte sur scène et qui va choisir un sujet trash parce qu’il se dit qu’il doit frapper un grand coup pour capter l’attention du public. Ce n’est pas forcément un bon calcul, plutôt un manque d’assurance.

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Alors cette année on a essayé d’inciter à plus de légèreté, d’injecter de l’humour. On verra ce que ça donne, on n’est pas là non plus pour écrire les textes présentés sur scène.

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Enfin, comme d’habitude, on privilégie la diversité, le mélange des genres et des couleurs avec des propositions scéniques issues de la littérature, de la poésie contemporaine, du slam, du théâtre, de la musique… l’objectif prioritaire n’est pas que chaque intervention plaise à tout le monde mais plutôt de présenter un large spectre d’univers susceptibles de toucher différentes sensibilités.

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  • 5 ans de vie pour un festival, c’est plus qu’honorable ! Quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui voudraient se lancer dans une telle aventure ?

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En matière d’événement littéraire je vous conseille d’avoir entre 50 et 60 ans, de claquer la bise aux élus et aux institutionnels du livre, d’inviter des auteurs médiatisés de la rentrée littéraire et quelques acteurs de cinéma pour lire leurs textes. Pour le côté innovant, je vous recommande de monter une conférence sur les enjeux du numérique où vous dénoncerez Amazon et d’élargir vos subventions en incluant un volet pédagogique : organiser un concours de nouvelles pour les lycéens du coin ou un atelier d’écriture pour les gosses par exemple. Bien sûr vous n’oublierez pas de remercier longuement tout ce petit monde et d’écraser une larme sur la crise du livre.

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Éditions L’arachnoïde – © Fred Trobrillant

Sérieusement, on n’est pas suffisamment expérimentés pour faire les sages et donner des conseils. On croit dans ce qu’on fait, on bat le pavé pour poser des flyers partout, on est une équipe qui porte des caisses, on fait passer le projet avant les personnes, on tient notre budget, on a la chance que les gens suivent… Je crois que ce sont les bases qui nous permettent de remettre le couvert depuis cinq ans. Toutes ces histoires de crise dans la culture, de cartographie des festivals annulés, de gens qui n’écrivent plus et qui ne lisent plus, n’ont rien à voir avec la façon dont nous vivons les choses.

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La ZAL est un événement qui se passe dans un monde de création littéraire où de plus en plus de gens savent lire et écrire, où la littérature occupe un champ très large, du roman, au théâtre, au slam, aux écritures cinématographiques, au multimédia…. où les nouvelles générations arrivent avec des projets forts, avec les nouvelles écritures de notre époque. C’est cette dynamique là qui remplit la ZAL.

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Zone d’Autonomie Littéraire,

Samedi 21 novembre, de 14H30 à 23H, salle Pétrarque à Montpellier

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Entrée libre

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Retrouver Renaud Vischi, pour d’autres questions et donc d’autres réponses dans la revue Calameo, disponible ici.

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La revue Squeeze: http://revuesqueeze.com/

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Pour plus de renseignements, retrouvez l’événement sur Facebook

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Au programme de l’édition 2015 :

➼ MARIANNE DESROZIERS – Ligie in Wonderland
http://mariannedesroziers.blogspot.fr/

➼ SERGE CAZENAVE – Lecture irrémédiablement noire
http://www.editionsdelabatjour.com/2015/04/avant-terme-de-serge-cazenave-sarkis.html

➼ PATRICE MALTAVERNE – Poésie en rage
http://traction-brabant.blogspot.fr/

➼ MARLÈNE TISSOT – Poésie Lo-Fi
http://monnuage.free.fr/

➼ XAVIER BONNIN – Prose poétique contemporaine

➼ EUONIMUS BLUE – Poetic-resistance

➼ GUILLONNE BALANGUER – Lecture noise bucolique
http://guillonnebalaguer.wix.com/industriesdedipteres#!accueil/mainPage

➼ YVES ARTUFEL – Condensé éditorial
https://sites.google.com/site/grostextes

➼ NATYOT – Lecture performée
http://erotikmentalfood.midiblogs.com/

➼ FÉLIX JOUSSERAND – Performance
http://latentation.tumblr.com/

➼ LAURA VAZQUEZ – Lecture performée
http://www.lauralisavazquez.com/

➼ GROG – Scènes de rimes
http://slam86.org/

➼ MUERTO COCO – Lectures politiques
www.muertococo.jimdo.com

➼ CHRISTOPHE SIÉBERT – Lecture-drone
http://konsstrukt.wix.com/christophe-siebert

➼ CONNASSE – Live romantique
www.facebook.com/ConnasseMusic

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