Uppercut, la Traversée : voyage en pulse poésie

En octobre 2017, le trio Uppercut partira à Chicago dans le cadre du programme French Slam Connexion de la Ligue Slam de France. Pendant 2 semaines de collaboration artistique auprès de Marc Smith, pionnier du mouvement, ils et elle représenteront la scène slam hexagonale. En attendant, C&P vous invite à découvrir leur univers, et à les rejoindre pour une grande Traversée

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15 septembre 2016 | Mârouf

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Uppercut, un enchaînement de coups de style de Damien Noury, Antoine Faure, dit Tô, et Yanne Abad, aka Yas, accompagné.e.s au violoncelle par Automne Lajeat.

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La poésie mêle le son et le sens. Leur relation est l’énigme qu’elle cultive.

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Avec ces trois boxeurs et boxeuse lyricaux de Pulse Poésie, les corps s’accordent. Sur scène, quelques tabourets et des machines pour seul décor, l’arrière-fond dépend du lieu.

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Damien Noury, ombre planante, mime parlant, élégant de ses doutes, griffe la scène de quelques entrechats, dessine sur son visage, à chaque mot prononcé, le masque souriant d’une poésie cinglante.

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Tô cogne, Tô porte haut le beat et le flow, du bout des doigts titille le tempo, du bout de la langue modèle la glaise d’une voix qu’il transforme d’un souffle en vers.

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Yas impose sa poésie d’enfant sauvage, noctambule des rues de l’Est parisien, dont la fougue éclaire le visage comme la flamme d’un briquet.

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Et le feu, et l’air, et la terre qui se mêlent, dans les couleurs et les matières et les danses de l’effeuillage d’une saison rouge, bercés des sanglots longs du violon de la sublime Automne.

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« La Traversée, c’est glisser d’un point A vers un point B

C’est arriver à progresser sur les flots d’un torrent, surfer sur le courant, s’adresser aux tourments

Trouver les bonnes notes à siffloter pour dresser le serpent… »

Damien Noury

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« La traversée n’est pas de tout repos

Elle te secoue les oripeaux

Comme un fou marteau

Amour terré terreau taré tarot »

Yas

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« Façonner siphonner s’affiner s’inspirer s’assouplir

Transvaser transformer remuer continuer accueillir

Contempler observer absorber palpiter assouvir

Décoller déterrer se paumer rallumer s’accomplir »

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« Il faut se détacher des illusions… La souffrance est une illusion

C’est un gentil bonze salarié qui lui avait donné ce tuyau, au sortir de son bain, dans un sourire végétarien… »

Damien Noury

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« Une trêve à traverser

Comme un rêve à renverser

Trouver le trésor travesti sous la marée

Amarrer le navire à l’oubli des morts

Comme un rond dans un carré

Comme un pont en escalier »

Yas

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« À l’éveil du vivant Couvée de volcan

À bout de bras de galaxie dans le grenier du temps

Vie en rose pour balise le verbe pour terreau

Et la grâce comme cerise sur le gâteau »

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« C’est à toi, quand l’ardeur se fane en frustration de réveiller tes rêves

Tes secrètes vocations  tes nobles ambitions

Dans le doute ou la flemme, c’est à toi d’être bon

C’est à toi, qu’est-ce tu crois?  C’est à toi,  t’as pas l’choix

De faire valoir tes droits, de connaître les lois

Quand le monde se fait traître, c’est à toi d’être là »

Damien Noury

« C’est l’idéal qui repousse dans nos mains de terre

C’est le réel qui nous pousse

Dans ce demain solitaire

C’est la mort dans mes mains

Qui renaît comme le lait dans mon sein

Pour nourrir un destin »

Yas

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« La route n’a de fin que la fin de la marche

Elle est immense

Bordées de précipices

Traversant les forêts denses

Les déserts arides

Sous des cieux océaniques

Sous des chapes de plomb

Sous des soleils splendides

Secouée par des cyclones »

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« Enfin la terre, planter sa graine

Pousser fleurir

Pierre par pierre, une idée, une identité »

Automne Lajeat

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Entretien, avec Damien et Yas

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  • Quand et pourquoi avez-vous décidé de donner vie à ce projet ?

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Damien : Cela faisait plusieurs années que nous étions (Antoine et moi) partis chacun de notre côté pour développer des projets solo et musicaux. C’était quelque chose de nécessaire, après 12 années de créations collectives… D’autres désirs devaient se vivre, et des distances devaient se prendre… C’est ce que nous avons fait.

Puis, ces expérimentations plus personnelles, ont sans doute nourri le désir de se retrouver à l’été 2015, pour travailler de nouveau ensemble sur une forme collégiale, certes musicale, mais aussi plus proche du registre théâtralisé sur lequel nous avions construit notre démarche, au départ de la Cie Uppercut.

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Yas : Ce projet m’a été proposé par Damien et Antoine, que je connaissais pour les avoir rencontrés et applaudis sur diverses scènes slam et dans leurs spectacles en trio ou solo, auxquels j’ai souvent assisté au premier rang et pleine d’enthousiasme. Ils sont pour moi depuis bien longtemps des poètes qui me touchent énormément dans leurs mots et me fascinent par leur prestation scénique et rythmique (pulse-poésie). J’étais donc plus qu’enchantée de pouvoir être à leurs côtés sur scène…

Je n’avais, avant cette expérience, jamais participé en tant que poète (je l’ai fait en tant qu’intervenante slam pour des projets d’ateliers) à des créations collectives à plusieurs plumes (hors grand slam nationaux). J’en suis encore honorée.

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  • Comment s’est déroulé le processus de création ?

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Damien : J’avais cette idée initiale de « La Traversée » au sens large du terme. Comme la métaphore du parcours humain, de ce mouvement par lequel l’incarnation d’une vie se fait et se défait, aussi bien au niveau de nos enjeux personnels, que des enjeux plus politiques dirigés par le sens de l’Histoire…

J’ai proposé alors à Antoine que Yas nous rejoignent, car je trouvais qu’il y avait une communauté d’esprit à nos langues et à nos préoccupations. J’avais aussi l’idée qu’elle vienne accompagnée d’Automne Lajeat, la violoncelliste avec laquelle elle travaille depuis plusieurs années, et qui est très incarnée dans son rapport d’accompagnement des performances poétiques.

Nous avons alors rassemblé des textes pouvant nourrir la thématique, et aussi écrit des textes courts, qui avaient pour objet d’assurer les transitions ou de s’articuler ensemble pour composer des morceaux collectifs. Avec cette matière, nous avons élaboré une dramaturgie de sens pour construire un parcours. C’est sur cette base qu’Automne nous a rejoints pour commencer à composer autours des textes, aidée par Antoine à la rythmique et aux programmations. Deux résidences nous ont ensuite permis de travailler plus en profondeur sur la mise en espace et la création lumière du spectacle.

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Yas : Nous avons passé beaucoup de temps tous les trois à discuter du fond et de la forme, à faire un tri entre nos différents textes, à chercher la direction de cette traversée, Damien est un peu le maître à bord, c’est à dire qu’il dessine avec nous le chemin que ce spectacle ouvre. Il a donc après maintes réunions, en pleine canicule à Bièvres, malaxé, façonné, peaufiné, la route et l’horizon de la traversée…

Ce processus est quelque part toujours en cours, car la performance live peut nous apporter de nouveaux éclairages et nous faire changer d’embranchements… Il n’est pas impossible que certains textes apparaissent et d’autres disparaissent, même si dans le fond le squelette du spectacle est bien “debout” (aucune référence à un mouvement social). D’ailleurs il faut souligner qu’Automne, après plusieurs répétitions avec nous, à se laisser traverser par la matière et la chair de notre poésie, (et aussi peut être à la suite des attentats à Paris) a émis la volonté d’écrire une chanson pour le spectacle, ce qu’elle a fait.

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  • Votre spectacle est avant tout poétique, avant d’être musical. Êtes-vous déjà d’accord avec ce point de vue, et dans quelle perspective envisagez-vous l’expression de la poésie sur scène ?

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Damien : Oui, le spectacle est avant tout poétique, puisque tout part des textes. Ce sont les textes qui impulsent à la fois le registre, le propos, et même la partition musicale qui se construit autour d’eux. Il y a aussi dans le spectacle plusieurs morceaux portés à capella et en choralité (ce que nous appelons pulse-poésie), et dans lesquels la musicalité provient de la langue poétique elle-même.

Ce qui m’intéresse dans la démarche de porter la poésie sur scène, c’est la nécessité de trouver des ressorts « dramatiques » et « spectaculaires » à un matériau qui n’est pas forcement accessible au premier abord. En mêlant les registres : pulse-poésie, spoken word, théâtralité… On essaie de créer des vecteurs différents d’expression qui amènent des renouvellements, des surprises, des émotions liées au spectacle vivant, et qui donnent leur légitimité à une expression scénique de la poésie. La poésie permet beaucoup de chose « spectaculaires » finalement…

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Yas : Oui le spectacle est avant tout poétique, et il est très musical. Pour moi au sens large du terme poésie, et au sens large de la musique : la musique est poésie et la poésie est musique… Alors bon…. Le sens est à chercher si on veut, car on peut aussi écouter la poésie et la musique des voix, sans pour autant avoir envie de saisir les détails de la pensée ; surtout quand les textes sont assez “poly-sons” “poly -sens” pour permettre l’évasion”… Après en général, même si l’on ne comprend pas tout aux textes dits, il y a de l’émotion, comme une musique parfois peut nous faire pleurer sans qu’on sache vraiment pourquoi… Elle nous traverse et nous perce des petites soupapes pour respirer dans un monde étouffant…

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  • La pulse poésie, c’est quoi ? Comment la distinguer du spoken word ?

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Damien : Au Départ, c’est Antoine qui a créé ce terme. Le Slam n’étant pas un registre mais un terrain, il a jugé bon de définir le chemin par lequel il voulait arpenter ce terrain. La pulse-poésie c’est donc un rapport rythmique et « choralisé », pour interpréter nos textes, seuls ou à plusieurs voix, dans une partition de langue musicale et vigoureuse… Le spoken word c’est un registre musical : un poète « posant » son texte sur un morceau de musique. Les deux registres cohabitent dans le spectacle de La Traversée.

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  • Le mot épopée rappelle les poésies musicales les plus anciennes, telles que l’Odyssée. Avec ce projet, que proposez-vous au public de traverser?

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Damien : Le mot épopée, je l’ai plutôt choisi avec l’idée que chaque vie est une aventure, un parcours initiatique, avec l’enjeu d’une évolution, d’un élargissement de sa conscience, dans le feu et le ballotement de l’expérience, avec la nécessité de trouver par instants un sens à tout cela… Alors, ce qui est proposer au public c’est seulement de ressentir des échos, des résonnances à sa propre épopée, peut-être quelques éléments de sens à reconstruire pour soi, un peu de nourriture pour l’esprit à faire infuser, et puis aussi le plaisir de prendre de la distance, de laisser passer aux milieu des enjeux, l’humour et puis le groove…

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Yas : Pour moi, le public est invité à « traverser » ou « retraverser » ce qu’il traverse chaque jour avec plus ou moins de conscience. Nous sommes tous dans le même bateau et, parler de traversée c’est se rappeler que nous sommes maîtres à bord de notre véhicule. En même temps, comme la vie est faite de contradictions, nous sommes aussi le produit d’une traversée collective. Se regarder en face, est pour moi un des éléments principaux de la traversée.

D’ailleurs pendant la période de répétitions, où je devais avaler, digérer, apprendre les textes de mes fellow poets, j’ai dû traverser des pensées et des visions philosophiques qui ne m’appartenaient pas ; j’ai appris sur moi dans le reflet de leurs mots, et j’ai appris sur eux. Le public c’est comme un kaléidoscope, chacun recrée sa petite image en fonction de soi. Et, si on projetait les images sur des grandes toiles, on verrait que le dessin n’est jamais totalement le même et pourtant pas si différent.

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  • Après autant d’années passées au cœur du mouvement Slam, quel regard posez-vous sur lui aujourd’hui ?

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Damien : Un regard plutôt bienveillant… Après les agitations un peu chimériques liées à l’émergence médiatique du mouvement, le Slam est revenu à son essence : le plaisir simple et gratuit de partager une parole. Peut-être est-ce aussi parce que je m’en suis un peu distancié, mais je trouve aujourd’hui que les acteurs du Slam sont plus apaisés, conscients de ce que ce mouvement leur a apporté, mais sans un désir d’appropriation exacerbé… Je crois que tout le monde a compris qu’il n’y avait rien à gagner, à part la construction laborieuse de son propre parcours d’artiste, ou le simple plaisir de se retrouver pour dire de la poésie.

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Yas : De la tendresse, j’ai beaucoup de tendresse pour le slam, cet endroit où les gens se retrouvent pour s’écouter, se parler, se reposer en poésie. Les scènes slam pour moi, sont comme des bulles d’oxygène. Je ne dirais pas que je vais au slam pour écouter de la poésie, mais plutôt pour écouter les gens. La poésie est multiple et le slam me le rappelle…. Il m’a permis aussi de me faire des amis, dans ce monde froid et très individualiste.

On y trouve la tolérance, l’humour, la beauté, le sentiment, la bêtise aussi parfois. On y trouve du vivant, hors du format esthétisant mainstream habituel. C’est souvent ce que je dis en atelier slam : la poésie est un art vivant, et il n’y a pas de façon d’écrire spécifique au slam, il n’y a que l’envie de dire. Le slam permet aujourd’hui à beaucoup de jeunes, ou de gens en difficultés, dans une société “mortifère” de prendre un bol de vie… Parfois ça pique…

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  • Vous êtes portés par une structure, Uppercut prod. À quel modèle correspond-elle, pour quels objectifs ? Quels projets à venir ?

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Damien : Je ne dirais pas que je suis porté par une structure, puisque c’est moi qui la porte ! Uppercut-Prod c’est l’association que nous avons créée, il y a seize ans, pour professionnaliser notre parcours de création.

A ce jour, cela représente pour moi beaucoup de travail (administration, production, communication, diffusion…), et le seul objectif serait de grandir en assise financière pour pouvoir embaucher et déléguer.

Pour l’heure, les financements et politiques publiques étant ce qu’ils sont, ça reste compliqué… Le projet le plus immédiat : la survie… C’est-à-dire, continuer à faire vivre nos spectacles et concerts existants, et trouver les conditions nécessaires à des nouvelles créations à venir…

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Yas : Damien Noury me porte ! Uppercut Prod me porte ! La vie me porte, mais où allons-nous ?… Ça… je n’en sais rien.

J’ai envie de faire tourner Les Cauchemars N°T, ce monologue d’une heure accompagné musicalement de Tô en impro.

Et, maintenant que je suis à leurs côtés, j’espère y rester le plus longtemps possible, car en tant qu’artiste c’est beaucoup plus simple d’être en association, même si effectivement c’est pas mal de boulot d’administration (mais ça, c’est Damien…. Merci !). Alors ce spectacle sera produit par Uppercut Prod, sans aucun doute, comme tout ce que je ferais à l’avenir…

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-LA TRAVERSEE-

Les prochaines dates :

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  • 15/10/2016 – 18h

Théâtre Thénardier

19 Rue Girard, 93100 Montreui

  • 20/10/2016 – 20h

Maison du Conte – ITTRE – Belgique

  • 03/12/2016 – 20h30
La Menuiserie – PANTIN (93)
  • 18/01/2017 – 18h00

La Scène du Canal – Paris 10ème

www.lasceneducanal.com

  • 11/03/2017 – 20h30

L’Image qui Parle

22500 Paimpol

http://limagequiparle.org/

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Plus d’infos sur sur le site d’Uppercut Prod

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