RAP ET SLAM, LA PENIBLE COMPARAISON

Qui n’a pas dû expliquer la différence entre Rap et Slam ? Rester calme et pédagogue, n’est pas toujours évident quand l’interlocuteur s’obstine à ne pas (vouloir) comprendre. La faute aux clichés persistants et à l’ignorance du plus grand nombre. Répliquer devenait plus que nécessaire. Cordialement.

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 5 septembre 2013 | DaMe GaBriElle

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illustration.rap.slamOn aurait voulu qu’il n’y eût jamais de confusion des genres, qu’il n’y eût jamais de cousinade organisée entre le Slam et le Rap. Surtout qu’aucun autre parent n’était convié à la petite sauterie et que c’est le meilleur moyen pour créer des histoires de famille. Il existe bien quelques liens mais pas de quoi en faire une généralité. Pour 1er exemple, le dit rapprochement s’illustre avec le film ‘Slam’ de Marc Levi et Saül Williams qui peut concourir à justifier d’un antagonisme originel et tant pis si c’est juste une fiction. Du coté strictement français, Grand Corps Malade a, sans vraiment le vouloir, œuvré au rattachement en exprimant son affection pour le Rap et organisant le cabaret urbain ‘ça peut Chémar’. Abd Al Malik est le rappeur qui, une fois assagi, cherche une nouvelle direction artistique et choisit, l’écriture ‘Slam’, à regret. Et puis il en existe d’autres, dans ce cas, qui sont issus de la culture Hip Hop comme Dgiz, Nëggus, Mehdi Dix et Madame Bert ou encore Amadeus. Un sketch du Comte de Bouderbala plus tard et c’était lier le Slam au Rap un peu plus pour le meilleur et pour le pire. On en veut pour preuve les collaborations de Grand Corps Malade avec Oxmo Puccino et Kery James ou celles plus confidentielles de Bams avec Souleymane Diamanka et John Banzaï ou encore de Rocé avec Hayet. Quand les rencontres ne se font pas sur disque, elles se font sur scène : le théâtre réunit notamment D’ de Kabal, Casey, Mike Ladd et le beatmaker-batteur Doctor L dans Timon d’Athènes sous-titré ‘Shakespeare and Slam’. En l’absence d’explication et d’autres exemples médiatiquement parlant, il n’en fallait pas plus pour réduire tristement le mouvement à du ‘Rap a cappella’ ou pire à du ‘Rap sur fond de piano’ parfait selon les médisants pour les personnes qui n’aiment pas franchement le Rap à l’origine. Hérésie ! Et rectification a été faite dans l’article précédent donnant quelques précisions sur le sujet. Si la relation est bien réelle, elle n’a donc rien d’exclusif, j’insiste. Elle est surtout la plus médiatisée. Ce qui réduit, de fait, le champ d’expression de la scène Slam. Les médias et institutions s’en contentent, voire se plaisent à la comparer systématiquement au Rap jusqu’à les opposer. On se demande bien pourquoi.

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PERSONNE N’EST ÉPARGNÉ PAR UNE MÉDIATISATION PARTISANE

387835-eric-zemmourIl est clair que le Rap subit à lui tout seul une médiatisation biaisée. A commencer par le fait que seule une partie restreinte de rappeurs et rappeuses soient visibles (car vendeurs) et quand ils le sont, ils sont soumis à la représentation d’une catégorie de journalistes et chroniqueurs. Le Rap c’est de la musique de caill-ra, pour faire court. Le message contestataire est réduit à un appel à la violence et à des discours déviants ennemis de la République, au minimum. Une autre posture consiste sinon à discréditer l’esthétisme du Rap. Il ne serait qu’une sous culture dont la pauvreté d’écriture ne mérite aucune considération de l’élite intellectuelle et culturelle française. Il est marrant de voir, toutefois, que lorsqu’il est valorisé, il y a une insistance à dire que les rappeurs ont fait des études. L’article de Thomas Blondeau en fait la claire démonstration. Le diplôme de l’Education Nationale assurerait à l’artiste une qualité stylistique et ainsi une crédibilité. En fait, le Bac c’est un peu le label rouge de la poésie ! Si si. Les autres ne sont qu’exceptions qui confirment la règle des vertus intégratives et culturelles de l’école publique et donc de l’Etat français. La scène Slam, quant à elle, a fait émerger de nouveaux auteurs aux backgrounds variés. L’originalité et la richesse d’écriture ont, de fait, sorti la poésie des clichés et thématiques du Rap. Ça n’a pas échappé à certains journalistes qui, séduis par les perspectives artistiques, ont vite glissé vers l’idée d’avoir un Rap éduqué c’est à dire scolarisé avec toute la légitimité que ça représente. Là encore, ça explique que le slameur soit bon et justifie ainsi qu’il puisse être considéré comme poète à part entière. Comment ne pas se réjouir d’une poésie qui enfin n’insulte pas ta mère – quand bien même elle le mériterait. Peu de risques que cela arrive avec les deux vedettes du Slam-variété dont les textes et propos ne sont pas franchement dérangeants. Il n’en fallait pas plus pour caractériser ce mouvement comme l’expression positive du malaise des jeunes des banlieues. Les médias et institutions occultent ainsi tout le reste : les autres auteurs et la dimension subversive de la scène Slam alors que cette dernière est intrinsèquement contestataire comme expliqué, là aussi, dans l’article précédent. En fait, comme le Rap, le Slam subit la représentation qu’en ont certains journalistes et professionnels de la culture. A croire que ça les arrange bien de les comparer. C’est même idéal pour donner une vision binaire de l’approche artistique : soit tu es gentil et tu slames l’amour et le printemps, soit tu es méchant et tu rappes la haine et la délinquance. On est donc très loin de la réalité sociale et artistique tant du Rap que du Slam. En vrai, ça ne fait qu’illustrer le processus de délégitimation des nouvelles créations, de neutralisation de toute critique soit en la disqualifiant, soit en l’ignorant.

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UNE IMAGE LISSE ET CONSENSUELLE QUI ARRANGE BIEN LES COUSINS

del'encreC’est bien sûr le genre de truc qui énerve tant le slameur que le rappeur. On s’étonne quand même de voir la réaction de ces derniers. De cette confusion, est né un rejet sans nuance. Que ce soit dans les textes, les clips ou interviews, nombre d’entre eux soutenus par des spécialistes sur la question adhèrent au final à l’analyse consensuelle dictée par les médias et institutions. Le film ‘De l’encre’ de La Rumeur en est la parfaite illustration. Ekoué et Hamé bien connus pour faire partis des groupes de Rap les plus contestataires ont imaginé le personnage de Diomède qui incarne le stéréotype du slameur. Sans talent et sans critique sociale, il est donc adoré des médias et politiciens. Il faut l’intervention héroïque d’une rappeuse pour démontrer l’imposture du pseudo poète. Les rappeurs se présentent ainsi comme seuls capables de formuler un message subversif, comme seuls remparts contre l’ordre établi, en toute modestie. De la vindicte contre les wack MC, on est passé à celle contre les slameurs devenus les nouveaux rappeurs ou poètes ratés. Taper sur les slameurs en tenant pour vrai les clichés véhiculés, est sensé garantir aux rappeurs leur propre authenticité. Misère ! Et triste constat de les voir reproduire ce qu’ils subissent eux-mêmes des médias : une vision déformée d’un mouvement aux multiples facettes et en résistance. Les rares rappeurs et rappeuses à ne pas taper sur le Slam sont ceux qui ont côtoyé la scène Slam de près. Les réalisateurs Jérome Thomas et Pascal Tessaud ont aussi bien compris que cette opposition a peu lieu d’être et en témoignent dans leur film respectif ‘Traits Portraits’ et Brooklyn qui sortira prochainement. Comme quoi, il suffit de se donner la peine d’être un peu curieux pour savoir de quoi on parle.

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Zône d'échanges

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L pense que :

Mike Ladd, pas Lyde 😉

DaMe GaBriElle pense que :

corrigé ! bien vu !

TALAM pense que :

Le problème c’est que le slam n’est pas un genre à part entière alors que le rap l’est. On peut très bien faire un texte de rap sur une scène slam. Le slam c’est plus un cadre dans lequel s’inscrit des artistes issus de différents univers, certaines viennent du rap, d’autres du rock, du reggae, de la chanson, ou bien du théâtre ! C’est très réducteur de dire qu’il existe un genre slam.

William pense que :

Sa **** retrecie

fan pense que :

on kiff continuer

bifento.s pense que :

je t’aime

Chemou pense que :

T’es gentil mais t’as pas répondu à la question …

DaMe GaBriElle pense que :

et quelle est ta question, précisément ?

Anonyme pense que :

oubiez la critique si vous avez qque chose à dire,faites le ,mais faites le bien et cette critique sombrera toute seule.j’ai tavaillé avec jean pierre Cabrol dans des conditions difficiles( la rue ,les bars)j’y ai vu les prémices du slam en france par un gars du nom de RAYAZONE;Son public ne s’est pas posé la question du genre,le rap n’éxistant pas encore,seule la qualité du scéanario ,du texte et de la diction a fait passer son oeuvre sans aucune question de style.J ‘écris en néo-classique tout autant qu’en chanson française et suis souvent satisfait lors de rencontres ,d’entendre des créations originales et bien ficelées. alors le contenu est bien pus important que l’emballage,mais une chose compte énormément,c’est la récepion accoustique, à quoi sert d’écrire un beau texte s’il n’est pas bien perçu. Bonne route, le ‘ti ‘ieux.