Lèse-majesté : Reno Simo et sa Cour des Miracles

De la fin des années 90′ à aujourd’hui, Reno Simo a déjà un long parcours derrière lui. Pour ce visage bien connu des scènes slam de Paris et d’ailleurs, l’enjeu a toujours été d’apprendre à se réinventer. Jamais à court d’idées folles, il lance son nouveau projet, Lèse-majesté, une formation résolument rock… et baroque!

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16 avril 2016 | Mârouf

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Tu as déjà un long parcours, entre musique et poésie. Slameur, chanteur, quelle relation entre ces deux parts de toi ? Des passerelles, des ruptures, une seule et même démarche ?

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Fin 1998,  j’organisais et animais tous les mercredis, à l’AbracadaBar, les turbulences Energétiks. Cela dura plus de trois ans. Pendant la soirée, il y avait dans la salle un peintre qui réalisait une toile en direct, des happenings photos, dessins, expos diverses, et sur scène, des musiciens de tous styles, des clowns, des jongleurs, des comédiens, des marionnettistes, des danseurs, des conteurs et des poètes qui déclamaient a capella… Un soir, je dinais chez une chorégraphe de danse contemporaine. Alors qu’elle me demandait des nouvelles de mes turbulences, je lui révélais la difficulté que je traversais : trouver des poètes emballés pour déclamer dans le cadre des soirées. Là, elle me parle d’un groupe de gars qu’elle vient de rencontrer, qui balancent leurs poèmes sur scène, et m’enjoint d’aller les rencontrer un mardi soir, à la Flèche d’Or.

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1998, c’est le tout début du Slam à Paris…       

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Lorsque j’y vais, je reste la bouche ouverte en  découvrant sur scène, le même soir, Angel Pastor, Nada, Pilote, Paul Cash et Stéphô, qui faisaient de la guérilla urbaine versifiée. Nada passera aux turbulences une fois par mois pendant plus d’un an. Par la suite, Pilote me « fournira » chaque semaine en poètes. C’est ainsi que je découvre Caroline Carl, Albert Presse, Nicolas Magat, Ucoc, Le Robert, Cat Mat, Xavier Ramillion, Fleur, Chantal Carbon, Normal, Catherine D… Je ne peux tous les citer. C’est Angel Pastor qui va me convaincre de slamer pour la première fois.

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Ça a changé comment ton approche artistique ?

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Ma vie personnelle et mon engagement artistique en ont été bouleversés ! Sur les scènes parisiennes d’alors, je rencontre Yann Thomas, Le 129 H, Yo, Poï Poï, Nico K, Da Gobleen… Ils regorgeaient de talents. Angel vivra les deux dernières années de sa vie chez moi. Il venait d’Andalousie, le pays de la guitare. Tout le monde dans sa famille en jouait. Il aura été pour moi un lien entre le slam et la musique.

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© Paolo Campanella

© Paolo Campanella

Mais tu restes avant tout un musicien…      

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La musique est au cœur de ma démarche, au centre de ma sensibilité. C’est elle qui m’a ouvert au monde. J’aime toutes les musiques. La musicalité des mots défini la poésie pour moi. Mon travail d’auteur s’est toujours mélangé avec mon apprentissage musical. J’adore chanter ! Mes répertoires ou ceux des autres. J’adore jouer de la guitare, j’adore écrire. J’ai besoin de tout ça. À l’époque où je rencontre le Slam, je considère l’écriture comme un des aspects du labeur d’auteur-compositeur-interprète, mais il devient vite une discipline à part entière à mes yeux.

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Qu’est-ce que ça signifie pour toi de se dire slameur ?      

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Être slameur n’est pas seulement aller dire ses textes dans un concours ou sur une scène ouverte. C’est s’investir dans des ateliers d’écriture, être sur le terrain, là où on a besoin de toi. C’est une source de rencontres et de partages d’une richesse extraordinaire. Tous ces poètes activistes contribuent à redonner un sens au langage dans un monde pré-pensé, pré-parlé, pré-mâché. C’est un mouvement très important pour moi, qui ne m’a jamais empêché d’élaborer en parallèle des projets musicaux.

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Quelles ont été les grandes étapes qui t’ont amené à ton nouveau projet,  Lèse-majesté ?

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En premier, c’est sans aucun doute, mon passage à la basse. Ensuite, j’avais publié « Slamea Jacta Est »* et Universlam m’avait proposé de réaliser un EP promotionnel afin d’organiser des concerts, pour promouvoir la collection. C’est là que notre power trio s’est baptisé « L’île des Loups »**. On jouait pour des événements comme le concours « Dis moi dix mots ». La plupart du temps, le trio accompagnait des slameurs, en improvisant. Il y a eu de très bons moments mais on ne jouait pas assez. J’avais le sentiment d’avoir emmené mes potes dans une voie de garage. Je voulais changer mes habitudes de travail, tourner une page.

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Comment faire ?

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J’ai voulu écrire pour la musique et non plus mettre en musique des textes. J’ai donc proposé à Jaky et Roberto de prendre les choses sous un autre angle. S’ils avaient un parolier-bassiste-chanteur à leur disposition, quelle musique voudraient-ils jouer ? Qu’est-ce qui, profondément, nous réunissait musicalement ? Je voulais que ce soit notre projet et non seulement le mien. Il était évident qu’on voulait jouer du Rock et faire partager notre plaisir à jouer. On a alors décider de créer un nouveau répertoire en imaginant ensemble un univers, un ton, une couleur, un état d’esprit. Lèse-majesté allait devenir une sorte de personnalité que nous incarnerions, qui pourrait se définir par un cynisme bienveillant, une sorte de bouffon de roi, un clown musicien et chantant, satirique et libre.

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Peux-tu nous présenter ton équipe ?

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On est trois musiciens et une danseuse circassienne :

La danseuse, Sylvie Rueff, nous a rejoint dès les premières répétitions. Elle a toujours entretenu un lien ténu avec les spectacles musicaux, pratiquant le trapèze volant dans les cirques durant de longues années. Actuellement, elle propose des spectacles de Cabaret, recréant les ambiances des guinguettes des bords de Marne. Elle incarne un rôle troublion de Folle du Roy au sein du spectacle. Arielle Corbier a réalisé son costume, en s’inspirant de gravures anciennes représentant des fous d’antan.

Le batteur, qui prête aussi sa voix aux chœurs, Roberto Pisanu a joué sur les albums d’Elisabeth Wiener et ses Castafiore Bazooka ou encore de Sal Bernardi (compositeur-guitariste de Rickie Lee Jones). Il est également concepteur et réalisateur d’un projet audiovisuel et musical  déjanté : « Gargaroutch ». Nous nous connaissons et jouons ensemble depuis plus de 25 ans ! Il incarne le rôle du Baron Bourru.

Jacques Belghit, guitariste, compositeur, arrangeur, a travaillé sur diverses créations avec de nombreux groupes aux influences diverses. Les Chamots (chanson française), Nina Van Horn (blues), Vinnie’s TV, Black Box ou encore Shuva, entre autres. Nous nous sommes rencontrés en studio il y a une bonne dizaine d’années. C’était le gratteux qui rencontre son chanteur et le chanteur qui rencontre son gratteux ! La base d’un groupe de Rock. Son investissement vocal est très important dans Lèse-majesté. Il incarne le Baron Barré.

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© Paolo Campanella

© Paolo Campanella

Chacun d’entre vous tient donc un rôle ?

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Il y a un coté clownesque à notre démarche, une influence du monde du cirque déjà voulu par la présence de la bouffonne. Cette notion de rôle est apparue un peu d’elle même alors que nous enfilions nos costumes, pour la première fois. Quand tu es maquillé et costumé, tu endosses implicitement un personnage. Nous avions décidé d’évoquer le période de la Révolution française, aussi sommes nous devenus les barrons Bourré, Bourru et Barré !

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De prochaines dates prévues ? Quelles sont vos perspectives pour la suite ?

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Nous jouerons le 21 juin, au CNRS. Le lieu et l’heure restent à préciser. Il est essentiel, au stade où nous en sommes, de nous produire sur scène le plus possible. Nous cherchons donc des partenaires, agents, tourneurs… Nous prévoyons prochainement d’enregistrer quelques morceaux en studio. À moyen terme, nous voudrions préparer une résidence.

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À bon entendeur…

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Pour aller plus loin:

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Découvrez les autres vidéos de Reno Simo sur Youtube

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Lèse-Majesté en écoute sur Soundcloud

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http://www.universlam-editions.com/collection/slamea-jacta-est/

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** http://www.liledesloups.com

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