LE SLAM, PETITES PRECISIONS SUR LE SUJET

15 ans plus tard, la scène Slam a sacrément changé, grandi et souffert. Un peu comme une sale gosse en pleine crise d’ado. Le paysage actuel dépeint tant les complications que l’effervescence d’un mouvement victime et bourreau de son succès. Entre préjugés et purisme, les initiés tentent encore et toujours d’expliquer à qui veut l’entendre que le Slam n’est pas ce qu’on croit.

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 08 mars 2013 | DaMe GaBriElle

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cercledespoetessansinstru

Le Slam, le Spoken Word !? Aujourd’hui tout le monde connait ! Voilà qui devrait nous réjouir… Pour sûr, l’engouement général suscité par le succès de Grand Corps Malade a offert ce qui ressemble à une reconnaissance artistique et médiatique et, certes, a permis de faire connaitre ce mouvement au grand public. Curieux de cette nouveauté, ce dernier s’est intéressé au machin et s’est même rendu sur place. Sauf que très vite, cet intérêt s’est focalisé sur la seule personne de Grand Corps Malade voire d’Abd El Malik qui n’a pas franchement de lien avec la scène Slam. On a pu également compter sur l’enthousiasme des institutionnels comme les écoles, médiathèques, MJC, hôpitaux et prisons pour monter de nombreux ateliers d’écritures. Si cela donne accès à la poésie à tous – et c’est tant mieux, si cela œuvre incontestablement à faire connaitre d’autres espèces de slameurs et sinon à faire leurs heures d’intermittence – et ce n’est pas négligeable ; cela révèle aussi que le Spoken Word est trop souvent réduit à une pratique amateur pour jeunes incultes. Il suffit d’être attentif au discours des responsables culturels qui nous redirigent vers les services socio-éducatifs pour s’en rendre tristement compte. Au final, le Slam bénéficie comme d’autres mouvements avant lui d’une légitimité culturelle toute relative parce que contraint par l’économie marchande, l’appareil étatique et la représentation qu’en ont les prescripteurs, pour être claire. Du coup, artistiquement parlant les opportunités sont assez limitées : peu de médiatisation quand elle n’est pas biaisée, peu de signatures en maison de disques ou d’éditions et peu de programmations de concert et spectacle. Reste à nous satisfaire des démarches des acteurs eux-mêmes et de celles des professionnels sensibles pour de vrai à ce qui peut se faire d’original dans le Slam. L’état des lieux n’est donc pas très joli joli : la production artistique peine à être diffusée et sa médiatisation en fait un mouvement consensuel et peu créatif gommant ainsi sa diversité, son inventivité et sa dimension critique.

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LA DÉMARCHE CONTRE-CULTURELLE EXPLIQUÉE AUX SCEPTIQUES

ucoc Pour bien se comprendre sur le sujet,  il est important voire urgent de saisir le caractère subversif du truc. D’abord, on précisera encore une fois que le Slam n’est pas un genre. Non ! C’est un concept d’événement, une pratique qui répond au principe de déclamer un texte sur une scène. Si genre il y a, il s’agirait davantage de Spoken Word. Vous voyez !? Le Slam est historiquement un tournoi de poésie même – Poetry Slam comme ils disent là bas, aux states. En scène ouverte, performance ou tournoi, la formule a bien pris en France et porte donc le même nom : Slam – n’en déplaise à certains. L’idée de départ et qui demeure est de se réapproprier la poésie devenue académique, élitiste, bref chiante. Né à Paris et pas à St Denis, s’il vous plait ! – ce n’est pas ‘Quartiers nord, hardcore’ mais ‘Pigalle, ma gueule’ !, en compagnie de travestis et transsexuelles – plus paria d’une société, tu peux pas ! ; les premiers slameurs et ceux d’après se sont donc emparés de la poésie dont ils étaient exclus, a priori. Et tout ça dans les bars, terrain d’expression populaire par excellence, espace gratuit et en accès libre, protégé du marché et de l’Etat c’est-à-dire hors de la sphère du calcul et du contrôle. Le Slam a aussi la vertu de réconcilier l’artiste et le public en réaction au star-système qui crée la distance jusqu’à éloigner les étoiles montantes de la population et de leurs réalités. Ici, ça se joue sur l’instant dans des lieux changeants, condition idéale pour que la création existe sans se laisser prendre – par derrière. Le phénomène réunit toutes sortes de performeurs qui pour la plupart ont déjà une expérience artistique. Leurs influences musicales, théâtrales et littéraires sont propres à chacun et initient une pratique ouverte dont le grand intérêt est de faire éclater les codes esthétiques, justement. De fait, le Slam est intrinsèquement contre culturel car il fait face à des pratiques artistiques dominantes. Se pencher uniquement sur le propos pour juger du rôle contestataire du Slam ne permet pas d’en prendre la mesure. On risquerait de réduire l’acte de résistance à un ‘nique la police’ et de ne promouvoir qu’une rébellion de convention. Sans façon.

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ENTRE RÉCUPÉRATION ET STANDARDISATION, LE SLAMEUR PERSISTE

Ce n’est pas sans objecter toutefois qu’aujourd’hui le Slam s’est démocratisé jusqu’à faire partie quasi intégrante de la culture – de masse et qu’il est difficile de voir le caractère subversif dans Inch’Allah de Grand Corps Malade. diversitéSi on peut en effet regretter une  standardisation certaine et la promotion du Slam comme de la variétoche, on sait que les points de rupture débouchent toujours sur un renouvellement artistique et que ce tube, futur incontournable des playlists de mariage tend à remplacer les hits ‘exotiques’ de Carlos. On pourrait presque l’espérer ! A moins de renforcer l’idée qu’on ne veut pas se marier et qu’on aimerait bien découvrir autre chose. Tellement de slameurs en valent le coup, bordel ! Sandra Bechtel, Antoine Faure-Tô et Damien Noury d’Uppercut, Dgiz, Yas and The Lightmotiv, Eux, Timalo, Frédéric Nevchehirlian, Zob’, Souleymane Diamanka, Lee Harvey Asphalte, Enterré sous X, Nada, Neggüs et Kungobram, Mehdi Dix et Madame Bert’, Amadeus, Luciole, Sania Ginzburg, Yo du Milieu, Bastien Mots Paumés, Ami Karim, U-Bic, Madatao, 129h, Spoke Orkestra, La Tribut du Verbe, Julien Delmaire, Camille Fauchère, Ange Gabriele et Thomas Suel de la Générale d’Imaginaire et bien d’autres. Reste à chercher dans les interstices ces artistes qui nous touchent et nous font bander, à les diffuser et les soutenir. Si les initiatives sont rares et plutôt confidentielles, elles existent toutefois. Les institutions ne subventionnant plus grand-chose et les industries culturelles ne prenant plus vraiment de risque, la logique de financement communautaire offre une alternative non négligeable. Et fait monter la fièvre indépendantiste. Yas and The Lightmotiv, Neggüs et Kungobram, Luciole, Enterré sous X ou encore HDW via les plateformes dédiées comme ulule ou kisskissbanbank ont pu financer leur album et leur clip ce qui n’est pas rien ! Vous l’aurez remarqué, on l’a également tenté pour ce site pour s’essayer de médiatiser la scène Slam à notre façon. Parmi les autres démarches médiatiques, on apprécie particulièrement les interviews menées par Hédi Maaroufi aka Heddy Le Piaf pour le très bon magazine Cassandre/Hors Champ et on vous invite à feuilleter Criez ! , Squeeze, Némésis ou encore Dezopilant qui donnent à voir quelques textes de nos amis slameurs. Quant à l’émission TV Slam, surtout ne vous méprenez pas, vous n’y découvrirez aucun poète. Ce programme n’a d’intérêt que la parfaite illustration d’un système de récupération d’un mouvement artistique par ceux qui n’en ont rien à foutre mais qui ont les moyens de décider d’en faire un divertissement pour la ménagère de moins de 50 ans.

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Ami Karim pense que :

T’es au top Gab. Sacré taf que t’as abattu. Le site est magnifique ça valait le coup d’attendre… Bravo, merci et à très vite !!

nanda pense que :

bravo gabrielle pour ce nouvel espace dédier à l’art oratoire

julien le slameur pense que :

ton article n’est qu’une pure vérité!!!!

Ivy pense que :

Bonjour,
Ici à Montréal, au Québec en général, c’est la même chose. Exactement. Vous avez mis le doigt d’une manière éloquente et intelligente sur le bobo. Pour avoir fondé la scène slam ici et m’échiner à promouvoir des spectacles à des diffuseurs incompétents et une industrie sourde, je puis vous assurer que votre constat est bien réel. J’en suis venu à répandre l’idée qu’il nous faudra créer notre propre réseau, communautaire ou pas, puisqu’il n’y à plus grand chose à attendre des institutions et des diffuseurs.

DaMe GaBriElle pense que :

sauf exception, la récupération d’un mouvement artistique est le lot dans les sociétés occidentales il semblerait. des tentatives de mise en réseaux existent ici. il y a la FFDSP et la LSF. perso, j’adhère à la dernière (LSF) parce que là aussi l’exercice collectif n’est pas aisé..

Naturel pense que :

Un petit détail…
La pertinence des articles me séduit beaucoup mais la mise en page devrait être plus aérée.
Un petit retour à la ligne, des petites respirations…
J’ai tout lu et j’ai un peu mal au crâne avec les yeux qui piquent.
Chaleureusement vôtre.

Miss Spont pense que :

ça fait du bien de lire tout ça, un vrai concentré de ce qu’on en pense ici bas… Juste une petite faute de frappe surrement s’est glissée dans la 5ème avant dernière ligne: c’est Némésis et non Néménis… rien de grave quoi!

DaMe GaBriElle pense que :

Bien vu ! c’est corrigé !

Damien Noury pense que :

J’aime l’analyse, j’aime le ton ! A faire lire à bon nombre de nos partenaires, pleins de bonnes intentions (et Dieu sait que l’enfer en est pavée…). Keep Faith, et bravo pour le site Dame Gaby

Jerome strange enquete pense que :

Je crois que vais diriger des gens vers cet article..ca m’évitera d’avoir l’impression de me repeter certains jours…Bravo ! Et merci…

Tony pense que :

16 aofbt 2011Sinon, pour faire du commentaire utile : e7a date de 1977, les paorels sont signe9es Etienne Roda-Gil (parolier de Julien Clerc, notamment) et c est interpre9te9 par le mal nomme9 Rene9 Joly.