Dame Gabrielle : aux origines de Cris & Poésie

En 2013 naissait Cris & Poésie, un projet indépendant de revue en ligne consacrée à la scène Slam. Au-delà du journalisme culturel, il s’agissait aussi de donner de la matière à réflexion aux actrices et aux acteurs de cet élan artistique que nous considérons comme un mouvement.

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Après avoir posé les fondations et entretenu la flamme de cet ovni éditorial contre vents et marées, Dame Gabrielle se retire vers d’autres contrées.

Mais avant de partir, retour aux origines…

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.20 avril 2018 | C&P

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Dame Gabrielle, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, veux-tu bien s’il te plaît nous présenter ton parcours au sein de la scène slam ? lasuite_4

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J’ai découvert la scène Slam en 2004, un dimanche après-midi de novembre au Trabendo. C’était au fameux Bouchazoreill Slam. Autant dire que le premier aperçu était tonitruant ! Je récupère des flyers  et commence à aller m’égarer dans les bars parisiens pour écouter de la poésie. J’adore !

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C’était le 1er élément déclencheur. J’étais encore étudiante à l’époque, en com option industries culturelles et je me plaisais à questionner l’autonomie de l’Art face à l’émergence d’Internet dans un contexte de récupération marchande, ça fait peur comme ça mais en vrai, quand j’ai vu la Scène Slam j’ai tout de suite compris qu’il se passait quelque chose de contre culturel là et que j’avais potentiellement quelque chose à y faire.

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2e déclencheur ! Un jour en cours, un prof, pardon un maître de conférence nous explique ceci : en Occident, la réflexion prend forme par le biais d’une théorie, d’un putain de concept à pondre et qui s’étale sur des pages et des pages alors qu’en Asie (le gars était spécialiste de je sais plus quel pays du soleil levant loin làbas), la réflexion passe par la métaphore.

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La révélation, je pense aux idéogrammes d’abord et puis je pense à tous les comptes, fables et à la poésie. Et là, je me dis que la poésie en plus d’être belle à tout à apporter aux idées, et sans en faire des pages. La poésie est une forme d’intelligence !

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3e déclencheur. Mon penchant pour le Rap m’avait certes déjà bien nourri et fait prendre conscience de ce lien entre esthétisme et discours critique. Il ne m’en fallait pas plus pour avoir envie d’écrire et de déclamer des textes.

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Quelques années de théâtre m’avait permis d’appréhender un peu la scène et du coup m’avaient donner le courage de me lancer. Je me lance donc et je kiffe ! D’une poésie assez écrite, j’évolue faire un poésie très orale avec des gros mots dedans et ça me fait tripper !

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Sinon, assez vite, je vois le vide en terme de com’. Mes compétences toutes fraiches me donnent l’envie d’y remédier. Je lance une newsletter ‘agenda’ des scènes Slam. Puis Félix Jousserand de Spoke m’embarque dans la création d’un site agenda, centre de ressources (recueils, album, films, asso etc) et tout, le-slam.org durera 6 ans avec 2 beaux événements à notre actif (Les 2 ans du site à La Bellevilloise et les JJJ à la Maison des Métallos – Paris). Et puis, j’arrête, j’en ai marre. Je veux autre chose et taffer avec une autre équipe, je lance alors Cris & Poésie.

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Quand et comment est née l’idée de Cris et Poésie ?

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L’idée de Cris & Poésie est née durant l’été 2013. Grand Corps Malade avait rencontré le succès qu’on lui connait et les réactions autour de la scène Slam étaient assez électriques. Entre opportunité et premier mécanisme de récupération ; entre développement et standardisation. J’avais envie de proposer un média de cette Scène Slam dont beaucoup parlaient mais ne connaissaient pas grand chose en vrai. L’idée était aussi d’en faire un truc collectif, c’est à dire que que les slameurs et slameuses puissent en plus de référencer leurs événements, devenir chroniqueur.ses. L’écriture poétique et journalistique pouvaient avoir à faire ensemble, il me semblait.

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Bon là, il faut bien dire qu’on a été très peu à expérimenter l’affaire. ça fait partie de l’expérience, hein ! Autrement, Cris & Poésie a pu être créée avec l’aide de Greg, le dev. et Yasskifo, le graphiste bien connu pour avoir le double talent de slameur et dessinateur. J’ai pu financer le truc grâce à une campagne de crowdfunding. La communauté et la famille (si si) a été d’un réel soutien. ça nous a permis d’avoir, pour l’époque, un site de toute beauté et fonctionnel, et je l’espère à travers lui de renvoyer une image qualitative de la scène Slam.

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Pour toi, à quel besoin est-ce que ce projet répondait ?

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Il s’agissait de rendre compte de la diversité de la scène Slam et de sa dimension subversive. Devant le succès de Grand Corps et avec lui du ‘Slam’ ainsi que les diverses dérives que cela a engendré, j’avais besoin de montrer la qualité et la posture critique de la poésie issue de la scène Slam.

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Ayant étudié tout ça attentivement à la fac, j’étais armée pour avoir une lecture des mécanismes de récupérations et je savais que c’était dans l’auto-gestion que des issues étaient possibles. J’avais à coeur tant de montrer la vivacité des scènes Slam, sa pratique populaire, les réalisations artistiques des slameuses et slameurs que de proposer un discours autour et sur ce mouvement artistique.

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Aujourd’hui, après l’avoir vu grandir, quel regard poses-tu sur le mouvement slam ?

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C’est un beau mouvement qui permet de se réapproprier la poésie, de la rendre vivante, de la faire glisser dans tout type de lieu devant tout type de public. C’est un mouvement qui connait aussi ces clivages parfaitement révélateur des dysfonctionnement systémiques et/ou psychologiques des un·es et des autres face aux institutions, au marché et aux médias.

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Ce qui me plait le plus, c’est de voir que nombres d’artistes revendiqué·es comme tel·les ou non passent à un moment donné par la scène Slam. J’aime l’idée que les ‘gens’ viennent se nourrir de ces instants de poésie et elleux même la nourrissent de leur présence et de leur mot. Ça tourne et ce n’est pas une question de génération, c’est un moment dans un parcours, dans une vie. Le caractère éphémère prend ici toute sa puissance et laisse toujours des traces.

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Parmi ceux publiés par le site, quel est ton article préféré, ou plutôt celui auquel tu es le plus attaché ?

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downtownSans hésiter : Rap et Slam, la pénible comparaison. Un des miens donc. Je crois qu’écrire cet article m’a soulagé. Et je m’amuse de voir qu’il ressurgit par ci par là encore aujourd’hui. Et puis Vendredi Soir, parce qu’il est la parfaite illustration que la poésie fait le job à des niveaux de conscience qu’on ne peut parfois atteindre autrement que par la beauté, la démarche artistique.

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Gros gros big up à toi Dame Gab’, et bonne route !

 

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