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SLAM ET CONTE : INTERVIEW de MONSIEUR MOUCH

SLAM ET CONTE : Interview de Mr Mouch’

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Je vous propose dans les lignes qui suivent une interview de Mr Mouch’, car le bougre est une figure emblématique tant de sa discipline, le conte, que de la scène slam dont il est un des acteurs les plus importants. Comme il n’existe pas de « specimen standard du conteur pratiquant les scènes slam » (ce qui serait triste, avouez), ses témoignages à la fois comme conteur et comme slameur (conteur présent en scène slam) apparaissent particulièrement intéressants.

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-Comment décrirais-tu ta pratique du conte ?

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Je ne suis pas conteur au sens où on l’entend classiquement, c’est-à-dire que je ne fais pas de la « transmission de contes traditionnels », ce qui est le travail de la grande majorité des conteurs et conteuses. Bien sûr, j’en ai quand même retranscrits quelques uns, mais en général, j’écris les histoires que je raconte, je les invente. Au début, je n’écrivais que des formats courts. Et puis, avec le temps et un peu d’expérience, je m’essaie à des formes plus longues, même si je reste très attaché à la rapidité, à l’instantané et donc plus à des histoires de trois minutes qu’à des épopées d’une heure et demie..

-Comment es-tu arrivé au slam, quel a été ton parcours et comment conte et slam se sont-ils croisés dans ton vécu artistique ?

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-Quand je suis arrivé à Nantes, il y a dix ans, je cherchais des lieux pour jouer mon spectacle (un récital de contes courts). J’ai trouvé quelques bars et théâtres, et puis j’ai découvert ces scènes ouvertes : les scènes slam. Je n’ai pas eu à m’adapter au format slam, car mes histoires rentraient déjà dans le cadre (trois minutes, pas d’accessoire, pas d’instrument). Mes prestations étaient appréciées (à en juger par les résultats des tournois), et dans un premier temps, ça m’a permis non seulement de « répéter en public », mais aussi de trouver des dates de spectacles grâce aux gens qui m’y repéraient. Ensuite j’ai pu tester de nouvelles formes d’écriture (grâce à toute la diversité des formes présentes au slam), et puis surtout me lancer dans l’animation de scènes et d’ateliers (ce qui aide bien pour croûter !)

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-Comment vois-tu le milieu du slam, et le milieu du conte également ? Quels liens leur trouves-tu ? Quelles différences ?

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-Pour moi le problème, c’est que ça reste des « milieux », et qui dit « milieux » dit parfois manque d’ouverture sur les « bords ». Finalement aujourd’hui, j’ai l’impression de voir plus de diversité dans le conte que dans le slam, d’abord parce que je découvre des multitudes de manières de raconter des histoires, des gens (des artistes, devrais-je dire) qui défrichent, qui tentent des trucs, alors que j’ai l’impression que le slam se resserre, il y a l’émergence d’une écriture slam formatée (pas partout, faut pas généraliser) mais je retrouve parfois dans des gens qui arrivent maintenant une « imitation » de ce que j’ai déjà vu dans le slam depuis 10 ans. Bien sûr, il y a de grands talents dans le slam, et c’est un plaisir de les voir et de les entendre, mais j’ai plus de mal avec la partie « auto-psychanalyse » que certains entretiennent sur les scènes. D’aucuns diront que c’est ce qui fait le slam : l’ouverture à tous, le respect de chacun. Mais maintenant, j’ai envie de voir ceux qui ont une grande exigence envers leur travail, et moins ceux qui ressentent juste le « besoin de s’exprimer ».

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-Ce que tu proposes en terme de conte ou de performance sur une scène slam, est-ce la même chose ou y a-t-il parfois des différences ?

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-Je le dis souvent aux gens qui m’invitent à « faire du slam » avec mes camarades : sur les scènes slam, je ne fais que du conte. Bien sûr, sur des scènes ouvertes ou des démos particulières, je m’essaie en public à d’autres écritures. Mais quand je dois faire ce que je fais de mieux, je raconte une histoire, je ne fais pas du slam pour faire du slam, d’ailleurs. D’après moi, ça ne veut rien dire, « faire du slam ». On fait de la poésie, de la chanson, du rap, du conte, de l’humour, des calembours, etc. sur une scène slam. Sinon, ce serait comme dire : « je fais du hip hop, sans préciser s’il s’agit de rap, de graff, de danse, etc., mais pourquoi pas après tout, chacun fait, fait, fait, c’qui lui plaît, plaît, plaît.

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 14 février 2015 | Grog

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SLAM ET CONTE : UN CADRE ET UN GENRE

J’ai bien l’impression qu’on ne le répétera jamais assez pour battre en brèche les gourances médiatiques : le slam n’est pas un style d’oralité artistique, une nouvelle forme poétique ou je ne sais quelle foutaise. C’est un cadre scénique.

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