Bordel de la Poésie : la parole au Maître de Cérémonie

À l’origine de l’arrivée des Poetry Brothels à Paname, Alberto nous raconte les coulisses de ces soirées de libertinage littéraire, où poétesses et poètes sont rémunéré.e.s en échanges d’interprétations lascives. Mais d’où lui vient cette idée, et quelles problématiques soulève-t-elle ? Entretien.

.

.

Ce Bordel de la Poésie, quel était le désir de départ ? C’est né où, quand, comment, et avec qui ?

.

Il faudrait commencer par le vrai début, le Poetry Brothel à New York. Tu as vu les fondateurs chez nous vendredi dernier, Stephanie Berger et Nick Adamski, deux poètes américains.

Ils ont inventé ce concept il y a presque 10 ans. Selon la légende, Stephanie a eu un rêve bizarre une nuit. Au réveil, elle a commencé à le transformer en réalité.

Pimp du bordel Pigalle 2

Après le succès à NY, Nick et Steph ont commencé à ouvrir des Poetry Brothels dans d’autres villes, aux États-Unis mais aussi en Europe. Leur rêve, c’était quand même d’ouvrir à Paris. C’est clair que beaucoup de l’imaginaire iconographique de leur inspiration, qu’il soit subconscient ou super-cliché, était dérivé de l’esthétique des maisons closes parisiennes de la Belle Époque.

Déjà, on disait à l’époque de Napoléon que dans les bordels, il y avait des rencontres historiques et des décisions politiques. C’est comme ça qu’un client en fuite de la scène littéraire anglophone parisienne (Will Cox, éditeur de Belleville Park Pages) est arrivé dans une des Chambres Privées du Poetry Brothel de New York. Dans une des conversations de fin de soirée, Nick et Steph lui ont demandé si par hasard, il connaissait quelqu’un à Paris qui pouvait ouvrir un Bordel de la Poésie.

J’animais et j’anime des événement littéraires pas classiques, des open mics, des ateliers d’écriture et même un fight club pour écrivains. Ça donne peut-être une réputation. J’ai reçu un email, et on a commencé à en parler par Skype.

 

22339686_1431852713600969_75673408911143283_o.

Comment s’est passée l’arrivée à Paris ?

.

En novembre 2014, le Bordel de la Poésie est arrivé a Paris. Le premier événement était à La Maison Pigalle. Si tu vois le décor, tu comprends le choix.

.

 

Comment s’est passée la rencontre avec les poétesses et les poètes ?

.

Pour recruter des poètes, on avait fait un appel à candidature. J’anime plusieurs événement de poésie et donc j’ai lancé le bouche à oreilles. J’ai activé mes contacts, j’ai aussi cherché à atteindre celles et ceux qui me semblaient avoir du potentiel. J’ai commencé à corrompre moralement les poètes, les tenter, enfin, à faire le maquereau. Honnêtement, ce n’était pas facile. Un poète peut être génial sur la page, ou un grand performeur en public, dans le slam ou dans le spokenword, mais pas forcement dans le racolage et dans la lecture privée. C’est une toute autre discipline. Et si tu veux, j’ai dû faire face à un autre obstacle inattendu, d’ordre moral… Je suis surpris d’avoir rencontré beaucoup de résistance, pas à travailler dans le Bordel, ça je le comprends, mais même simplement à passer l’info, ou à partager le post. Tout le monde ne s’emballe pas pour le concept. J’ai aussi découvert une âme très conservatrice, dans le milieu institutionnel bien sûr, mais même dans l’underground. Découverte psychologiquement très intéressante…

22339699_1431852710267636_19743252084073687_o

.

Pour le public, quelle cible était visée en premier ?

.

Je n’ai jamais pensé à quel genre de public correspondait notre cible. J’ai imaginé un événement qui amène les gens à la découverte de la poésie contemporaine. On est heureux d’avoir un moyen d’attraper des gens qui ne sont pas du milieu littéraire. In fine, derrière le décor, la musique, les plumes, il vont écouter de la poésie. Ils ne peuvent pas échapper à ça.

.

22339435_1431853513600889_6066122274690643448_o

Le Bordel de la Poésie, derrière, c’est une entreprise, une association ? On en vit ?

Quel en est le « modèle économique » ?

.

On a organisé nos premiers événements comme The Poetry Society of New York et on est toujours liés à eux. Pour d’autres événements, on s’est basés sur plusieurs associations locales, pour la production, mais le but c’est de devenir une association indépendante. C’est l’un des buts de 2018.

Est-ce qu’on en vit ? Non ! Malgré la vantardise d’être l’un des rares moyens pour des poètes de faire de l’argent, on ne vit pas de ça. Peut-être dans le futur. Les New-yorkais, oui. Et pour la Madame de Barcelona, c’est un vrai boulot hebdomadaire part-time ! Mais nous, on est bien loin de ça. C’est plutôt symbolique ici, à Paris, pour l’instant. Ça peut faire partie d’une des activités mal payées de l’artiste bohémien, ou de l’artiste émergent. Mais c’est tout. La ville est chère mon pote !

Nous sommes poètes, on utilise des métaphores. Il n’y a aucune tentation de faire une apologie de la prostitution, ni même d’entre faire une représentation réaliste. Il y a déjà des pièces de théâtre avec ce but-là.

Je sais que dans d’autres villes européennes, les Bordels de la Poésie ont commencé une collaboration avec des syndicats de travailleurs du sexe. C’est un développement intéressant toujours possible, mais je dirais imprévu au début.

22291376_1431879156931658_3269550717783451203_o

Pour moi, le Bordel de la Poésie, c’est un littéral devise, une technique littéraire. Je ne vois pas d’autres endroits où l’on peut écouter, avec une telle intimité, une poème écrit et lu par son auteur, dans un lit. Peut-être que quelqu’un a eu le privilège d’un moment comme ça en étant dans une relation avec un poète. Si on n’a pas cette chance-là, on paye. Bienvenue au Bordel de la Poésie.

Monnayer de l’argent pour des poèmes, c’est toute la métaphore, la parodie, le défi, l’insolence, la commercialisation et l’autodérision. On achète quelque chose de très intime. Le poète met a nu, un petit peu, son corps (on est habillés très sexy) mais, encore plus, son âme. Un poème très privé qui dévoile une partie inaccessible de soi à un inconnu.

.

.

.

.

.

.

.

Pour aller plus loin, rendez-vous sur le site: logo(1)(1)

https://www.lebordeldelapoesie.com

Le site de Poetry Brothel New York:

http://www.thepoetrybrothel.com

Page facebook:

https://www.facebook.com/LeBordelDeLaPoesie

.

.

À suivre : retrouvez le regard de Mârouf, après sa soirée au Bordel, et le témoignage en vers de Fil 2 l’R, tapin d’un soir…

Print Friendly