Bordel de la Poésie : Fil 2 l’R témoigne en vers…

Pour nous raconter son expérience en tant que poète au sein du Bordel de la Poésie, le slameur Fil 2 l’R a choisi, et nous l’en remercions, un témoignage en vers. Plongée dans le ressenti d’un slameur habitué des scènes ouvertes sur un terrain bien plus intimiste…

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Passe d’Âme

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Me voilà face au seuil,

La porte s’entrebâille.

Une jeune femme m’accueille

Dans une joyeuse pagaille.

Le pavillon m’avale,

Une nouvelle planète.

Le proxénète fantasque

M’en fait la découverte.

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Des poètes de tout l’Atlas

Colorent la place et décorent l’espace.

Ce soir, l’ordinaire se farde de fantasme.

Un mélange d’hôtel de passe 1920,

De vin, de vers,

De mascarade,

De satin, de dentelle,

De performances textuelles.

Échange sensuel.

Cette nuit sera belle,

Ce sera le grand bordel !

Le maquereau lance l’appel

J’ai mis mon apparat.

Les premiers invités paraissent,

Devant eux j’entame la parade.

Comme tous mes camarades,

On m’annonce à ces inconnus.

Quelques mots à la Cantonade,

J’ai mon nom dans le menu.

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Je me sens nu, un peu timidepb_logo_full_hi-res(1)(1)

Je dois séduire, je dois plaire

Je dois briser la chrysalide

Et sortir de mes repères.

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Me voilà face au seuil,

La porte s’entrebâille.

Une jeune femme me cueille

Dans une joyeuse pagaille.

Je gagne mon premier jeton

Je perds mon pucelage

Dans l’échange à tâtons

De poèmes chuchotant.

C’est déroutant d’abord :

Déclamer dans l’intime.

Ce n’est pas le même rapport

Que sur les tribunes où l’on rime.

C’est l’immersion assumée

Dans le particulier.

Mes textes consommés

Dans l’instant singulier.

J’ai délié ma langue

Maintenant je décolle,

Parmi les « clients » je tangue22499145_1655152914536428_6932550019031012171_o

Je prends mes aises et racole.

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Je vole de passe en passe,

Bavarde avec la troupe

On se raconte nos frasques

En solo ou en groupe.

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Les coupes se vident,

Les cœurs s’emplissent.

Dans les alcôves on se succède

Les heures glissent vers la sortie,

« Clap de fin », le « mac » procède.

Le « claque » ferme, et on remballe.

Je récupère mon salaire.

Le lupanar ce n’est pas sale,

Quand le poète y vend sa chair.

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Là, j’ai franchi le seuil,

La porte est une trouvaille.

Et les poèmes s’effeuillent

Dans une joyeuse pagaille.

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La ‘tite bio :

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Durant ses études, « Fil » s’oriente vers une formation artistique, affinant ainsi un sens de l’esthétique et de l’imaginaire, étoffé d’une culture bâtarde forgée dans une France hétéroclite. De 1996 à 1999, il commence à écrire des textes courts, engagé dans une formation rap qui tournera court, elle aussi.

En 2000, il découvre la scène slam française. De là, il apparaît sur diverses scènes, tout en travaillant sur d’autres projets (théâtre, court métrage, illustrations). Il participe à plusieurs évènements, parmi lesquels la campagne MFG 2h Dimension, le festival Les pieds dans l’herbe, le festival Afrikakeur à Dakar, le colloque Ensemble contre la peine de mort, les manifestations pour le désarmement nucléaire de Saintes, des apparitions avec l’association Tsubasa, et deux tournées à Tokyo.

Il apprécie également travailler en partenariat avec des musiciens de tous horizons. Ainsi, il se met à organiser des jams sessions dès 2010 (Musique de Sauvage, puis la Jam’algamme). En parallèle, il sort un EP: Passant, et travaille actuellement sur le suivant.

Il anime également des stages et des ateliers d’écriture et d’impro, sans jamais s’éloigner des scènes slam…

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À suivre : retrouvez le regard de Mârouf, après sa soirée au Bordel, et l’interview d’Alberto, organisateur de l’événement !

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